Literati

Confession d’un voyageur

Je suis dans ce bus qui me conduit vers un autre monde.

J’ai toujours voulu aimer ma ville. J’ai souhaité lui trouver quelques traits de beauté, un peu comme cette femme à l’apparence disgracieuse mais d’une aura extraordinaire…

Par ailleurs, je crois fermement que tout ce que Dieu a créé est beau. Partant de cette théorie, je dois des excuses à ma ville.

Pardon.

Pour toutes les fois où ma plume a déchiré une feuille en parlant de tes cernes, de tes odeurs de pisses, de lacrymogènes et d’armes à feu. J’ai craché sur ta démarche boiteuse, butant sur tes zones non sécurisées. J’ai du faire un grand saut, traverser l’espace-temps … Et me retrouver dans ce bus, qui m’entraîne vers un autre monde. Vers toi, autrement. Pour que je puisse mieux t’appréhender, te toucher, capter un peu de toi entre deux réalités flagellantes.

Tu es à l’image de tes hommes. Tu es l’ombre de ceux qui maltraitent leur femme et baisent leurs enfants.

À l’image de nos femmes. Tu es le reflet de celles qui abandonnent leurs enfants et empoisonnent leur mari.

Pardonne moi; aujourd’hui j’ai enfin compris… Ce n’est pas toi qui meriterait d’etre brulée.

Tu n’attends qu’à etre revêtue.

Tu n’attends qu’à retrouver le parfait amour. La citrouille que tu rêves de monter pour trouver ton prince, elle a été piquée par des rats.

Je ne veux pas que tu sois dupée. Il n’existe aucune baguette magique.

Pas dans ce monde.

Je suis aujourd’hui dans le bus qui se dirige vers ce monde où tu serais cette perle, ce collier d’émeraude que j’offrirais à la femme de ma vie.

Je le dis à contre coeur; ta situation, tout ce cercle périlleux qui t’embobine… Ça m’aide.

C’est l’essence de ce qui me garde en vie.

L’espoir.

L’espoir est une belle chose, et les belles choses ne meurent jamais” disait un prisonnier.

Certains écrivains n’auraient pas trouvé de raison d’écrire si tu n’étais pas telle que tu es.

Tout pour dire que la route est de moins en moins étendue. Je dois rentrer, on m’attend.

Garde une seule chose en tête, cependant.

Tu ne seras pas brûlée, petite ville aux fragiles pétales.

On t’a inséré des épines exprès et on t’accuse d’être méchante quand tu t’accroches.

J’apprendrai à t’aimer, moi.

Pour ce que tu devrais être.

Ce n’est pas à toi d’être brulée.

Le feu est à ceux qui ont dessiné cette mort au fond de tes yeux.

Je suis dans ce bus, et je n’ai maintenant que cette seule certitude:

Ma ville, c’est ma patrie!

Et je brûlerai pour elle.

Kabysh