Literati

Pour commencer…

Tu n’écris pas? Tu pourrais bien écrire. Tu ne voudrais pas écrire? Fais-tu de la poésie? En effet, ce sont les plus fréquentes questions qui me sont adressés ces derniers temps lorsque je fréquente certains cercles de poètes et d’étudiants. Et quoique hésitante, ma première réponse est toujours “bien sur que oui, j’écris. Comme tout le monde d’ailleurs”. Ils en sont souvent surpris. Je plaisante, se persuadent-ils.

Mais cette fois, j’aimerais prendre le temps d’y répondre avec le coeur franc. Pour tout dire, c’est pas que je n’y ai pas pensé. J’y pense même assez souvent. Je me demande toujours qu’est ce que je pourrais bien écrire. Roman, nouvelle, poésie, essai? Ou si je ne pourrais tout simplement écrire. Difficile à savoir. Le roman, peut-être. Nouvelle, ça pourrait être facile. Poésie, assez tentant, j’ai même quelquefois essayé . Un essai, jamais peut-être. Simplement écrire, c’est à voir. Ecrire n’est pas facile et avoir écrit ne fait pas de vous un écrivain sinon j’en serais déjà un. Je serais romancière. Si vous saviez le nombre d’histoires que j’ai dû inventer afin de remplir le nombre de pages imposées par mes professeurs de dissertation. Ceci est une autre histoire. Il arrive parfois que j’ai une idée, une sorte de lumière subite dans un coin de ma cervelle et je me dis : ça pourrait bien faire une poésie ou une nouvelle si je m’y consacre entièrement. Je dois écrire, je le sens.

Mais j’ai découvert un truc. C’est pas facile de faire sortir des mots de la tête et de les accoucher sur du papier. Les mots sont timides. Ils arrivent à la pointe de votre stylo et font marche arrière. Il arrive même parfois qu’ils se retirent définitivement de votre esprit. Moi, à chaque fois, je crois que c’est la faute du papier. Il a cette façon de vous narguer avec son visage impassibleet ses traits indéchiffrables. Surtout le papier blanc. Il me fait peur celui-là. C’est pourquoi je préfère dessiner dessus. Des coeurs, des lunes, des soleils, des visages souriants. Histoire de lui faire plaisir, mais seulement au crayon. Ainsi, si mes gribouillages ne collent pas, je m’excuse avec une gomme. Le papier blanc n’est pas amical. Je préfère les papiers quadrillés ou avec des lignes simples. Ils me donnent l’impression de se laisser faire dès la première fois et qu’une seconde fois ne serait pas de trop. Je peux y placer mes mots. C’est pourquoi j’aime les carnets. Les carnets avec une couverture épaisse, des pages légèrement jaunies avec des lignes simples et un fil rouge. Ça fait écrivain, vous ne trouvez pas? Imaginez que vous trouviez un carnet pareil, ayant appartenu à un écrivain. Reliure usée, et à l’intérieur, des notes prises à la hâte, des phrases inachevées, des interrogations, des débuts de paragraphes, des noms bizarres et mêmes des illustrations. Ce serait si beau. J’aimerais bien en trouver un, d’un écrivain mort. Ça me plairait de reconstituer tout un monde, de compléter des phrases, de définir un personnage, d’achever un rêve. Je partagerais volontiers mon monde avec cet écrivain mort. Je crois toujours que les écrivains ont leur propre monde. Ils me fascinent. Je suis même amoureuse de certains, follement.

Je disais que j’aimais les pages aux lignes simples. Elles m’invitent toujours à écrire. Ce que je fais. Parfois j’écris, j’écris des mots, des phrases inachevées. D’autres fois, j’écris des paragraphes ne rimant à rien. Certaines fois, je superpose mes mots pour en faire une poésie. C’est pas toujours très réussi. Il me faudrait une bonne dose d’âme de poète.

Pourquoi j’explique tout ça?

Une amie, comme moi avait aussi à répondre aux questions dont je vous parlais. Et enfin, elle a décidé d’écrire. J’étais vraiment contente. Je suis facilement heureuse, vous savez. Elle allait enfin écrire. J’ai hâte de la lire. J’ai fait part de cela à mon amie. En guise de réponse, elle m’a demandé: “Pourquoi tu ne commences pas aussi à écrire une bonne fois pour toute?” Elle me fait penser celle là… Somme toute, pourquoi pas? Oui, pourquoi pas? Et voilà, je me lance.

Kimara